Tes paupières

Sep 26, 2023Arts & Litterature

DE TES PAUPIÈRES INVENTAIRE AVANT SOLDE

2001, par Georges Stroh

De laine et d’enfance cousues
Tes paupières de lait
De printemps transparent
Tes paupières tricotées des laines de l’enfance
Tes paupières qui scintillent
Tes paupières de printemps
Tes paupières mignonnes allons voir si la rose
Tes paupières brûlantes sur mon front moite quand l’été nous serre contre lui
Tes paupières de quand le désir monte
Tes paupières d’orage lorsque le ciel gronde
Tes paupières qui retiennent la pluie
Tes paupières qui retiennent la nuit aux fleurs de l’aube
Tes paupières qui cavalent dans la nuit sur le dos de mes rêves
Tes paupières rigides, aveugles aux ailes des mésanges
Tes paupières venimeuses qui suintent les serpents
Tes paupières pouliches qui courent dans mon pré
Tes paupières qui mangent dans ma main
Tes paupières aux frissons de myosotis quand frôlent les libellules
Tes paupières qui battent la campagne, qui bâtent les blés, qui bâtent de l’aile
Lorsque se couchent les arbres les nuits de tempête
Tes paupières qui se lèvent les matins de rosée
Tes paupières araignées qui déchirent ma toile
Lorsque le cœur n’y est plus
Tes paupières abandonnées mendiant la tendresse
Tes paupières en accordéon dans les couloirs du métro
Tes paupières aux ombrages de sous-bois
Les jours de canicule
Tes paupières océanes plaquées sous le fouet des embruns
Tes paupières sangsues au garrot de mes peines
Lorsque le vent souffle sur l’océan blanchissant
Tes paupières qui se rident
Tes paupières de cuivre aux reflets de narguilé ou s’endort notre bonne heure
Tes paupières concubines voilées de mille et une nuits
Tes paupières de clair de lune ou vont boire mes désirs
Tes paupières d’eau ou se regardent les fauves
Tes paupières aux morsures de givre
Tes paupières feuilles mortes ou se glacent les rancœurs
Tes paupières feuilles mortes ou se rident tes fureurs
Tes paupières qui pendent comme un tablier de bouc
Tes paupières qui pendent entre les jambes du désir
Tes paupières cirées bordées de poils noirs
Tes paupières qui se refusent
Tes paupières qui aboient leur indifférence tournées vers la lune
Tes paupières aux courbes de dunes lorsque s’y noie ma caravane
Tes paupières aux pudeurs élastiques, aux froideurs électriques
Tes paupières aux candeurs érotiques
Tes paupières de lait quand les bébés gazouillent
Tes paupières de pierre ou grouillent les scorpions
Tes paupières aux franges rongées par la mer
Tes paupières aux franges écartelées ou je ploie, ou je plie, ou je pleure
Tes paupières qui ont bu leurs larmes de douleur
Tes paupières de dentelles fripées ou s’incrustent les regrets
Tes paupières qui s’agrippent dans le crépuscule
Aux restes de ma pauvre mémoire
Tes paupières qui chantent fards poudres et paillettes et dansent autour des miroirs
Dans le Bronx de ma tête
Tes paupières tendues qui battent le tambour
Tes paupières encore cousues d’enfance
Derrières leurs carreaux embués de regrets
Tes paupières qui se rident avec les feuilles mortes
Tes paupières ravinées par le goutte-à-goutte des souvenirs oubliés
Tes paupières bordées du rimmel de tes mensonges poisseux
Tes paupières bordées de feu au soleil couchant
Tes paupières qui m’entourent et m’enserrent
Tes paupières glissantes cornettes autour de mes élans cloîtrés
Tes paupières en fer de bêche qui m’enfouissent et m’enterrent
Tes paupières de dentelle chargées des poussières d’antan
Tes paupières d’après quand je ne serai plu
Tes paupières desséchées qui se tendent
Dans les orbites de mon crâne nu
Tes paupières seules au monde
Tes paupières tombales
Coquilles
De nacre
Vides.

Georges Stroh

ATELIER D’ECRITURE de l’U.T.L.A. / PAU, le 7 / 12 /2001.

error: Content is protected !!